Ventilation naturelle, réemploi et matériaux biosourcés vont de pair avec l’insertion et la philosophie des sociétés coopératives (scop) tant pour l’équipe de maîtrise d’œuvre (Tribu et fair) que pour les entreprises (L’essor, MBA et UTB). Il s’agissait de réaliser un lieu de vie, des bureaux bienveillants, où il fait bon se réunir, se former, où la glace des parois vitrée est abolie par la chaleur des matériaux, du bois, des tissus, de la terre…

L’ADAFORSS est une association loi 1901, CFA dédié à l’apprentissage dans le secteur médical. L’association a acquis en 2017 un immeuble de bureau, rue Rivay à Levallois-Perret pour y installer son siège. La réhabilitation de cet immeuble a des objectifs environnementaux élevés sur les consommations d’énergie mais aussi sur la qualité d’air et le confort d’été sans recours à la climatisation. Il s’agit aussi pour nous de concevoir un lieu convivial, mêlant d’excellentes conditions de travail et des lieux de détente et d’échanges.
Le bâtiment existant des années 1930 est implanté sur la totalité de la parcelle, dans un contexte dense et très urbain, à l’intérieur du périmètre du PPRI de la commune. Il a subi plusieurs rénovations lourdes dont la dernière date des années 1990 et lui a donné sa façade actuelle conservée. Son orientation principale sud-ouest, une verrière source de surchauffes à l’est ont demandé à traiter la maîtrise des apports solaires passifs.
La quasi absence d’isolation thermique du bâti identifié lors du diagnostic a obligé à la redistribution de l’enveloppe travaux pour assurer la rénovation thermique optimale de l’immeuble en incluant l’isolation des façades, du sous-sol et des combles, ainsi que le remplacement des menuiseries extérieures.

Conception bioclimatique

Face à l’urgence climatique, il est impératif de supprimer toute forme de prodigalité énergétique dont la celle-ci fait partie. Un tel système était installé et fonctionnel dans l’immeuble. Le projet a consisté à déconstruire l’imaginaire de la « clim’ » pour le maîtrise d’ouvrage et futurs usagers du lieu. Un travail de fond a ainsi été réalisé avec un comité de pilotage élargi au sein de la maîtrise d’ouvrage, afin de questionner, comprendre et faire évoluer les usages vers plus de simplicité, de frugalité et finalement de confort. Ces échanges ont été concomitants au développement de solutions mobilisant la matière grise plus que les matières premières ou l’énergie.
Pour répondre aux fortes chaleurs en profitant des vents, un travail architectural a permis l’adaptation de la verrière et des volumes pour les ventiler naturellement. Les accès à l’inertie existante du bâtiment ont fait l’objet d’un travail fin d’équilibre avec les performances et qualités acoustiques des locaux et parois.
En outre, la végétalisation des espaces intérieurs de la verrière, arrosée à l’eau de pluie stockée et récupérée, permet de profiter de l’évapotranspiration des plantes, tandis que le bruissement des feuillages permet de compléter le rafraîchissement réel par celui, impalpable, produit par nos sensations.
Limitant l’apport de matière, le réemploi des matériaux de second œuvre s’est révélé dès notre première visite du lieu une solution à développer. Le projet prévoit le réemploi des cloisonnements et portes, des dalles de faux-plafond et de 75% du système électrique tandis qu’Emmaüs défi réutilise une partie du mobilier non conservé.

LA TECHNIQUE AU SERVICE DE LA FRUGALITÉ

Le travail de conception s’est appuyé sur une analyse en simulation thermique dynamique du projet. L’organisation du programme dans les espaces existant a été développé en fonction des taux d’occupation des locaux et de leur orientation, mais aussi des ressentis et sensibilités au froid et au chaud des futurs occupants. Un système de VMC double flux avec récupération de chaleur assure des débits de ventilation de 36m3/h par occupants, régulé par sondes CO² dans les salles à occupation variable pour éviter des déperditions inutiles. Eclairage naturel, confort thermique d’hiver et d’été, qualité d’air et des ambiances ou logiques fonctionnelles sont allés de concert dans la co-construction du lieu.
Matériellement, l’isolation des façades extérieures et des combles est en laine de bois, celle intérieure en ouate de cellulose recyclée qui aurait pu disparaître face à une application aveugle des contraintes de sécurité incendie. Installées systématiquement dans les plans de l’isolant, les menuiseries sont en aluminium et bois. Ce travail sur l’enveloppe n’était que partiellement prévu au programme, représentant un coût supplémentaire important. Il exigeait une frugalité de moyens capable de générer l’abondance du bien vivre ce lieu.

DES BUREAUX BIENVEILLANTS

Le projet pour la rénovation de cet immeuble de bureau réunit des démarches environnementales et sociales ambitieuses. Les réunions de pilotage du projet et de co-construction ont été l’occasion d’affiner le programme, les ambiances et les objectifs du projet. Les dispositifs architecturaux et techniques mis en œuvre ont ainsi été adaptés au plus proche des besoins et attentes. Un livret du bâtiment a été co-construit avec les équipes de l’ADAFORSS qui peuvent assumer pleinement la prise en main de leur lieu de travail et de vie.